Verre, or et lumière : les vitraux de Saint-Pierre de Chaillot
Publié le 2 février 2026
Posés à la fin des années 1930, les vitraux du chœur constituent l’un des ensembles les plus remarquables de l’art verrier du XXᵉ siècle à Paris. Aujourd’hui fragilisées par le temps, ces œuvres majeures entrent dans une nouvelle phase de leur histoire, placée sous le signe de la restauration et de la transmission.
Une église de quartier...en mutation
L’église Saint-Pierre trouve son origine dans l’histoire du village de Chaillot, dont elle fut longtemps la paroisse. Cet ancien village se développe autour d’une modeste église dédiée à saint Pierre, reconstruite à plusieurs reprises, notamment aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Cette église paroissiale, mêlant vestiges plus anciens et éléments de style gothique flamboyant, accompagne la vie d’un bourg encore rural, avant que l’expansion progressive de Paris ne transforme profondément le quartier.
La construction de la nouvelle église s’inscrit dans un long processus rendu nécessaire par la transformation du quartier au tournant du XXᵉ siècle. Après plusieurs projets avortés, notamment celui de Viollet-le-Duc interrompu par la guerre de 1870, la décision définitive est prise en 1927 de reconstruire l’église sur son emplacement d’origine, en sacrifiant toutefois le chœur gothique de l’ancien édifice.
Le XXe siècle et l'œuvre d'art totale
À l’issue d’un concours, le projet de l’architecte Émile Bois est retenu ; et, les travaux débutent peu après, en 1932. L’architecte conçoit une église de style romano-byzantin, en forme de croix grecque, dominée par cinq coupoles et un clocher culminant à plus de soixante mètres. L’emploi du béton, laissé apparent à l’intérieur, permet de dégager un vaste espace. Fidèle à une conception unitaire de l’édifice, Émile Bois associe étroitement architecture et décor : plusieurs grands artistes de l'époque participent à sa conception. L'église compte ainsi des sculptures monumentales d’Henry Bouchard, de fresques de Nicolas Untersteller, des vitraux des frères Mauméjean et des peintures de Pierre Ducos de La Haille. Inaugurée le 18 mai 1938, la nouvelle église Saint-Pierre de Chaillot s’impose comme l’un des plus somptueux édifices religieux construits à Paris jusqu'alors.
- Vitraux
- Coupole
- © A.Merdjan/FAPP.
Mauméjean : l'écriture moderne de la lumière
Les vitraux de l’église Saint-Pierre de Chaillot constituent une œuvre tout à fait singulière, due aux frères Mauméjean, grande lignée de maîtres verriers gascons dont le rayonnement s’étend sur trois générations et bien au-delà des frontières françaises. Charles Mauméjean, figure majeure de l’atelier, développe dans l'édifice un langage résolument moderne, en parfaite harmonie avec l’architecture d’Émile Bois. Verres colorés dans la masse, formes tantôt concaves, tantôt convexes, plombs dorés et claustras en ciment incrustés de mosaïque d’or composent un ensemble d’une remarquable inventivité. Formés dans des moules prismatiques ou demi-sphériques, parfois volontairement écaillés sur les bords, ces verres permettent l’emploi de tons profonds tout en multipliant les jeux de lumière, et instaurent une atmosphère tamisée et enveloppante. Cette approche privilégie la lumière elle-même comme élément tant spirituel qu'architectural, destinée à modeler l’espace et à favoriser le recueillement plutôt qu’à illustrer un récit.
- Lancettes du choeur
Réalisés et posés entre 1937 et 1938, les quatre lancettes du chœur évoquent symboliquement les apôtres à travers l’aigle, le taureau, l’homme et le lion. A mi-chemin entre la figuration et l'abstraction, elles proposent un langage visuel nouveau, caractéristique de l’esthétique de l’entre-deux-guerres et du renouveau de l’art sacré au XXᵉ siècle.
Un projet porté par les parisiens
Aujourd’hui, ce patrimoine exceptionnel se trouve fragilisé. Des quatre verrières du chœur, une seule a pu être nettoyée à ce jour. L’accumulation des dépôts, l’altération des matériaux et les effets du temps nuisent progressivement à la lisibilité des compositions et à l’éclat des couleurs. Ces vitraux majeurs du XXᵉ siècle nécessitent désormais une restauration spécialisée, seule à même de préserver leur intégrité artistique et technique.
- Médaillons des absidioles
Une première étape décisive a toutefois été franchie grâce à l’engagement des Parisiens. Dans le cadre du Budget Participatif de la Ville de Paris, une partie des financements nécessaires à la restauration des vitraux de Mauméjean a été votée. Le chantier, qui se déroulera dans le courant de l’année 2026, sera complété par des actions de mécénat.







