Paris 20e : restauration en cours à Notre-Dame de la Croix

Publié le 13 février 2026

Dans le déambulatoire nord de l’église Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant, un vaste tableau du début du XIXᵉ siècle s’apprête à faire l’objet d’une importante campagne de restauration. Le Serpent d’airain, peint en 1819 par Constant-Louis-Félix Smith, constitue l’une des œuvres majeures conservées dans l’édifice, tant par ses dimensions monumentales que par sa portée artistique et historique.

Paris 20e : restauration en cours à Notre-Dame de la Croix

Construite entre 1863 et 1881, après l’annexion de Ménilmontant à Paris, l’église Notre-Dame-de-la-Croix est l’un des édifices religieux les plus monumentaux de l’est parisien. Son architecture néo-romane, enrichie d’éléments néo-gothiques et d’une structure métallique innovante, témoigne des expérimentations du Second Empire. L’église conserve un ensemble remarquable de peintures du XIXᵉ siècle, dont trois tableaux issus du Salon de 1819, renforçant le lien entre art religieux et grands débats esthétiques de l’époque.

 

Paul Schaan, Vue panoramique de Paris, prise des hauteurs de Ménilmontant, 1894. © Musée Carnavalet - Histoire de Paris.

 

Le Serpent d’Airain et les débats esthétiques du XIXᵉ siècle

Présentée au Salon de 1819, cette œuvre s’inscrit dans un moment charnière de l’histoire de l’art français, marqué par l’affrontement entre deux courants majeurs : le néoclassicisme, héritier de l’Antiquité et de la rigueur formelle, et le romantisme, qui privilégie l’émotion et la liberté expressive. Élève de Jacques-Louis David et de Girodet, Constant-Smith s’affirme clairement dans le camp néoclassique. Reconnu pour ses peintures d’histoire et ses portraits, dont certains sont aujourd’hui conservés au château de Versailles, il livre avec Le Serpent d’airain une composition ambitieuse, savante et profondément méditative.

Le tableau illustre un épisode de l’Ancien Testament relaté dans le Livre des Nombres. Pour avoir murmuré contre Dieu et contre Moïse, les Israélites sont frappés par une invasion de serpents venimeux. Sur ordre divin, Moïse érige alors un serpent d’airain : quiconque le regarde avec foi est sauvé.

Constant-Smith compose la scène de façon symbolique : à gauche, les corps tourmentés des Hébreux expriment la souffrance et le châtiment. Au centre, Moïse se dresse comme médiateur entre Dieu et son peuple. À droite enfin, des figures féminines plus apaisées incarnent l’espérance et annoncent la rédemption à venir.

 

Un état de conservation préoccupant

Deux siècles après sa création, Le Serpent d’airain nécessitait une restauration approfondie. La toile présentait un encrassement généralisé de la couche picturale, qui altérait fortement la lisibilité des scènes et assombrissait les couleurs d’origine. Une esquisse préparatoire conservée au Petit Palais permet toutefois d’appréhender la palette initiale de l’artiste, alors voilée par les dépôts accumulés au fil du temps.

Constant Smith, Esquisse pour l'église Saint-Paul-Saint-Louis : Le serpent d'airain, 1819. © musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.


Par ailleurs, la toile montrait des signes de tension insuffisante, faisant craindre l’apparition de craquelures et de déformations à moyen terme. Le châssis d’origine ne répondait plus aux exigences de conservation actuelles.

Afin d’assurer la pérennité de l’œuvre, le projet prévoyait un nettoyage complet de la surface peinte, une retension de la toile et le remplacement du châssis par un support adapté.

Le chantier de restauration en cours

La restauration du Serpent d’airain est aujourd’hui bien engagée et révèle déjà des résultats spectaculaires. Après les premières étapes de décrassage et de dévernissage, la couche picturale retrouve progressivement sa profondeur et sa luminosité d’origine. Les couleurs, longtemps assourdies par les dépôts accumulés au fil des décennies, ressurgissent avec une intensité remarquable, permettant de redécouvrir la richesse de la palette de Constant-Smith et la subtilité de sa composition.

Le chantier se poursuit désormais par un travail minutieux de retouches et de comblement des lacunes, particulièrement concentrées dans la partie basse de la toile, ainsi que par la restauration du cadre. Ces interventions, essentielles à la cohérence visuelle et à la stabilité de l’œuvre, demandent un temps long et une grande précision.

La repose du tableau dans l’église Notre-Dame-de-la-Croix pourrait être envisagée à la rentrée 2026 ou au début de l’automne. Ce retour marquera l’aboutissement d’un chantier exemplaire, redonnant toute sa force expressive à une œuvre majeure du néoclassicisme religieux et lui permettant de retrouver pleinement sa place au sein du parcours patrimonial de l’édifice.

La restauration du Serpent d’airain s’inscrit ainsi dans une démarche plus large de valorisation du patrimoine de l’est parisien. En redonnant toute sa lisibilité et sa force expressive à cette œuvre majeure du néoclassicisme religieux, le projet permettra aux visiteurs de renouer avec une part essentielle de l’histoire de l’art français.

Au-delà du geste technique, cette restauration rappelle combien la transmission du patrimoine passe par un engagement constant. Préserver ces œuvres, c’est maintenir vivant un dialogue entre l’art, le patrimoine et l’histoire de la capitale, au cœur même de la ville contemporaine.

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