Une première phase de restauration achevée à Saint-Christophe-de-Javel
Publié le 14 janvier 2026
La toile marouflée Saint Christophe portant l’Enfant Jésus à l’église Saint-Christophe de Javel, première d'un cycle de douze œuvres monumentales, a été restaurée.
Dans le cadre du programme de restauration des édifices cultuels dont elle est propriétaire, la Ville de Paris a engagé la restauration de la toile marouflée représentant Saint Christophe portant l’Enfant Jésus, située dans le bas-côté nord de l’église Saint-Christophe de Javel. Cette intervention marque le lancement d’une campagne plus large destinée à préserver l’un des ensembles décoratifs les plus singuliers de l’art religieux du XXᵉ siècle à Paris.
Saint-Christophe au cœur d'un quartier industriel
L’histoire de l’église Saint-Christophe de Javel s’inscrit étroitement dans celle du quartier. Après l’annexion du village de Grenelle à Paris en 1860, le secteur de Javel demeure longtemps marqué par les cultures maraîchères et quelques usines chimiques, où l’on produisait notamment la célèbre eau de Javel. À la fin du XIXᵉ siècle, le paysage se transforme profondément avec l’implantation d’ateliers de mécanique, puis d’industries liées aux transports : locomotives, wagons, aéroplanes, et enfin automobiles dès 1919, avec l’installation de l’usine Citroën à proximité.
- Bénédiction des autos à Saint-Christophe, 1928
- Bénédiction des fresques par Mgr Verdier, 1933 © Agence Rol./BnF
D’abord simple chapelle de fortune dédiée à Sainte-Alexandre et destinée à la population modeste des chiffonniers du quartier, l’édifice gagne en importance avec l’augmentation rapide de la population. Il adopte alors le vocable de Saint Christophe, patron des voyageurs, choix symbolique dans ce territoire façonné par la mobilité et l’industrie.
« L'église en kit », une architecture singulière
Les travaux débutent en 1921 sous la direction de l’architecte Charles-Henri Besnard, auteur de la première église en béton armé de France, Saint-Jean de Montmartre. Pour limiter les coûts, Besnard met au point une technique novatrice : l’ensemble des éléments en ciment armé est préfabriqué sur place à l’aide de moules en bois. Convaincu de la reproductibilité de son procédé, il espère commercialiser ses coffrages auprès d’autres architectes. Le projet ne rencontre cependant pas le succès escompté et conduit à la faillite de l’architecte.
Paradoxalement, cette infortune confère aujourd’hui à l’église Saint-Christophe de Javel son caractère exceptionnel. Peu modifiée depuis son achèvement, elle conserve une architecture audacieuse et cohérente, témoin rare des expérimentations constructives de l’entre-deux-guerres.
Saint-Christophe en construction, 1923 © Agence Rol./BNF.
Un cycle peint monumental signé Jacques Martin-Ferrières
Le décor intérieur repose sur un ensemble de douze toiles marouflées réalisées par le peintre Jacques Martin-Ferrières (1893-1972). Ces œuvres monumentales composent un cycle consacré à la vie et à la légende de saint Christophe.
L’artiste y raconte la quête spirituelle du géant Réprobus, en recherche du maître le plus puissant, son passage au service d’un roi puis de Satan, et sa conversion . Initié à la charité par un ermite, il devient le protecteur des voyageurs. Le cycle illustre également l’épisode le plus célèbre de la légende : le passage du fleuve, au cours duquel Réprobus faiblit sous le poids d’un enfant qui se révèle être le Christ portant le poids du monde. Rebaptisé Christophoros, « celui qui porte le Christ », le saint accomplit ensuite le miracle du bâton planté en terre qui fleurit et porte des fruits.
- Réprobus portant le Christ – détail © A.Chabridon/FAPP.
La peinture encaustique : les spécificités d'une technique rare
Formé initialement au pointillisme par son père Henri-Martin, Jacques Martin-Ferrières cherche ici une technique capable de résister au temps. Soucieux d’éviter le noircissement prématuré des peintures à l’huile, il choisit la peinture encaustique, appliquée à chaud. Les couleurs, préparées sous forme de bâtons, sont fondues sur une palette métallique chauffée, puis appliquées rapidement sur la toile marouflée, la cire refroidissant presque instantanément.
Réalisé entre 1929 et 1934, cet ensemble demande près de cinq années de travail. Traité dans une gamme de tons en camaïeu, il associe nuances de gris, bruns profonds et rehauts dorés.
- © A.Merdjan/FAPP.
- © A.Chabridon/FAPP.
Le premier chantier d'une longue série
Aujourd’hui, les toiles marouflées de Jacques Martin-Ferrières présentent un encrassement généralisé qui altère fortement la lisibilité des scènes et la perception de l’espace intérieur. Un simple nettoyage constitue une première étape essentielle pour transformer l’aspect de l’église et redonner toute sa force au récit pictural.
Grâce au soutien d’un mécène, une première étape de cette campagne de restauration a été engagée avec l’intervention sur la toile Saint Christophe portant l’Enfant Jésus, située dans le bas-côté nord. Ce mécénat a permis de restaurer une œuvre emblématique du cycle et d’initier la redécouverte de cet ensemble exceptionnel.
- Toile marouflée – détails
- © A.Chabridon/FAPP.
La restauration de la toile marouflée a débuté par la dépose des protections provisoires et un dépoussiérage soigneux de la surface picturale, indispensable pour évaluer précisément l’état de conservation de l’œuvre. Un décrassage approfondi a ensuite été réalisé afin d’éliminer les encrassements accumulés au fil des décennies, responsables de l’altération des couleurs et de la perte de lisibilité de la composition. Cette étape essentielle a permis de redécouvrir la richesse chromatique et la subtilité du modelé voulu par l’artiste.
Préserver le patrimoine pour le transmettre
Cette restauration ne constitue pas seulement un acte de conservation. L’intervention, volontairement mesurée et respectueuse de l’intégrité de l’œuvre, s’inscrit également dans une démarche de conservation préventive visant à stabiliser la toile et à en prolonger durablement la lecture, tout en préparant les futures étapes de restauration du cycle peint de Saint-Christophe de Javel. Elle affirme l’importance de préserver le patrimoine religieux du XXᵉ siècle, longtemps resté en marge des grandes campagnes patrimoniales.
En redonnant lisibilité et éclat à cette toile marouflée, la Fondation réaffirme son engagement en faveur de la transmission d’un héritage artistique, historique et patrimonial profondément lié à l’histoire sociale et industrielle de la capitale.








