Notre-Dame des Victoires : une première toile de Müller déposée
Publié le 30 juillet 2026
Une étape décisive vient d’être franchie dans la restauration de la chapelle de la Vierge : l’un des tableaux réalisés par Charles-Louis Müller a été récemment déposé et transféré en atelier spécialisé.
Au cœur du 2ᵉ arrondissement de Paris, la basilique Notre-Dame des Victoires s’impose comme l’un des grands sanctuaires historiques de la capitale. Fondée en 1629 à l’initiative de Louis XIII, puis achevée en 1740, elle s’est enrichie au fil des siècles d’un patrimoine exceptionnel. La Basilique est notamment célèbre pour ses 37 000 ex-voto, qui en font un lieu de dévotion unique en France, ainsi qu’un véritable conservatoire de l’art religieux parisien.
La chapelle de la Vierge : un décor du XIXᵉ siècle à redécouvrir
Parmi les ensembles décoratifs majeurs conservés dans l’église, la chapelle de la Vierge occupe une place particulière. Réaménagée au XIXᵉ siècle, elle associe architecture, sculpture et peinture dans une composition harmonieuse.
Son autel en marbre, consacré en 1863 par l’archevêque de Paris, abrite notamment la châsse de sainte Aurélie. Restaurée après les destructions de la Commune en 1871, la chapelle doit son état actuel à plusieurs campagnes de travaux financées par les dons.
Elle accueille également deux toiles monumentales signées Charles-Louis Müller. Formé auprès d’Antoine-Jean Gros, Müller s’inscrit dans la tradition académique française. Récompensé au Salon et membre de l’Académie des Beaux-Arts, il développe une peinture d’histoire rigoureuse, marquée par la clarté des compositions, la précision des dessins et une parfaite maîtrise de la lumière.
Les œuvres L’Annonciation et L’Assomption, qui ornent la chapelle de la Vierge, témoignent de cette exigence.

Légé & Bergeron, Portrait de Charles Louis Muller, peintre, entre 1860 et 1890. © Musée Carnavalet - Histoire de Paris.
Début du chantier : une première toile déposée
Une étape décisive vient d’être franchie dans la préservation de cet ensemble : l’Assomption a récemment été déposée et transférée en atelier spécialisé. Cette opération constitue le point de départ d’une campagne de restauration destinée à redonner toute sa lisibilité à l’œuvre.
La dépose, réalisée en présence des restaurateurs par une entreprise de transporteurs spécialisée en œuvre d'art, a permis une première étude visuelle du tableau. Inaccessible jusqu'alors, car encastré dans un ensemble en bois à plusieurs mètres du sol, plusieurs éléments nécessaires à l'établissement d'un constat exhaustif demeuraient inconnus. Parmi eux : l'état du dos de la toile, la technique d'accrochage du tableau et ses dimensions exactes, avec et sans cadre. Avec cette première étape, des éléments historiques constitutifs de l'histoire de l'œuvre refont déjà surface.
- Dépose du tableau
- Emballage du cadre © A.Merdjan/FAPP
Si le dos du tableau ne présente pas de dégâts irréparables, l’état de conservation du reste de l'œuvre appuie le caractère essentielle de l'intervention. La couche picturale souffre notamment d’un encrassement généralisé lié à la pollution atmosphérique et aux fumées de cierges. À cela s’ajoute l’oxydation des vernis, responsable d’un voile jaunâtre atténuant fortement les contrastes et altérant la perception des couleurs d’origine. Le support textile présente également des signes de fatigue, tandis que le cadre, autrefois doré et richement ornementé, montre des signes de fragilité structurelle.
- L’Assomption, état v. 1980 ©E.Michot/COARC/VDP
- L’Assomption, état actuel ©A.Chabridon/FAPP.
- L’Annonciation, état v. 1980 ©E.Michot/COARC/VDP
- L’Annonciation, état actuel ©A.Chabridon/FAPP.
Le passage en atelier permettra de mener une restauration approfondie, respectueuse des matériaux et des techniques d’origine. Les restaurateurs procéderont à un nettoyage de la surface picturale, visant à éliminer les dépôts accumulés sans altérer la matière originale. L’allègement des vernis restituera la profondeur des couleurs et la subtilité des effets de lumière voulus par l’artiste. Parallèlement, la consolidation de la couche picturale et la remise en tension de la toile garantiront la stabilité de l’œuvre dans le temps. Le support fera lui aussi l’objet d’une intervention complète, afin de retrouver son rôle esthétique et protecteur.
Une seconde toile du même artiste, appartenant au même ensemble décoratif, devra également faire l’objet d’une restauration dans un second temps, afin de restituer la cohérence d’ensemble de la chapelle.
Un patrimoine en attente de restauration
Si plusieurs interventions ont été menées ces dernières années dans la Basilique Notre-Dame-des-Victoires, tandis que d’autres débutent tout juste, de nombreux ensembles restent aujourd’hui à restaurer.

Carle van Loo, Le Voeu de Louis XIII au siège de la Rochelle en 1628, esquisse du tableau du Maître-autel de l'église de Notre-Dame des Victoires, entre 1737 et 1747. © Musée Carnavalet - Histoire de Paris.
Outre la seconde toile de Müller, le cycle de Saint-Augustin attend lui aussi d’être restauré. Cet ensemble de sept toiles monumentales réalisées par Carle van Loo, peintre officiel de Louis XV est unique en France. Peint entre 1746 et 1755, il est un véritable rescapé des bouleversements historiques : après avoir survécu à la Révolution, il est mis à l’abri pendant les bombardements de 1918 puis restauré, avant d'être finalement replacé dans l’église en 1920.
N’ayant pas bénéficié de restauration majeure depuis cent ans, les toiles présentent aujourd’hui un état de conservation préoccupant. Le cycle de van Loo constitue désormais l’un des chantiers prioritaires à venir.
La dépose de la toile de Müller marque donc le lancement d’un chantier de conservation attendu. Elle constitue également le début d’une dynamique plus large : celle de la redécouverte progressive d’un patrimoine exceptionnel, au cœur de l’histoire artistique et patrimoniale de Paris.







