Les transepts de Saint-Sulpice dévoilent à nouveau leurs décors
Publié le 2 septembre 2026
Cet été, les fidèles et visiteurs de Saint-Sulpice ont dû contourner une forêt d'échafaudages. Derrière cette imposante structure métallique, quatorze restaurateurs travaillaient à quelques centimètres seulement des peintures monumentales d'Émile Signol, qui culminent à près de vingt mètres de hauteur.
Aujourd'hui, les échafaudages ont disparu. Les quatre grandes compositions monumentales sont de nouveau visibles. Le chantier désormais terminé, il laisse aussi derrière lui une meilleure compréhension de l'un des plus ambitieux décors religieux du XIXᵉ siècle.
Observer la richesse des détails
Depuis le sol de l'église, les peintures des transepts impressionnent d'abord par leurs dimensions. Réalisées au cours des années 1860 et 1870, elles développent près de 368 m² de décors consacrés à la Passion, à la Résurrection et à l'Ascension du Christ. À cette distance pourtant, une grande partie du travail du peintre échappe au regard. Les expressions des visages, les reprises de pinceau, les superpositions de couleurs ou les repentirs disparaissent dans l'ampleur de la composition.
Le chantier a inversé ce point de vue : pendant près de trois mois, les restaurateurs ont pu examiner les peintures centimètre par centimètre. Chaque fissure, chaque couche de peinture, chaque ancien repeint a été observé, photographié et étudié. Cette proximité exceptionnelle a notamment permis de mieux comprendre la manière dont Émile Signol a composé son œuvre.
- Restauration du transept nord
- © FAPP.
La présence d'échafaudages a également permis l'étude visuelle d'éléments invisibles depuis la nef. Parmi eux : les vitraux des transepts, criblés d'impact de grêlons, les angelots en stuc qui surplombent les portes latérales, eux-aussi fragilisés par le temps et les éléments, ainsi que les détails de la voûte de la croisée du transept.
Les restaurateurs ont également découvert, grâce à cette altitude exceptionnelle, la présence d'une frise décorative longtemps oubliée. Il est probable que ce bandeau ne soit pas strictement ornemental, mais qu'il ait été apposé sur la pierre en tant que marqueur pour les sculpteur, lorsque les reliefs étaient ciselés. Un témoin émouvant du travail des artisans des siècles passés.
- Transept sud, vu du transept nord
- Angelots en stuc
- Voûte de la croisée des transepts
- Frise décorative (?) © FAPP.
Peindre et repeindre
Les archives laissaient penser que Signol aurait poursuivi son travail plusieurs années après l'installation des décors. Les observations réalisées pendant le chantier en apportent aujourd'hui une confirmation matérielle.
Sous la surface actuelle apparaissent de nombreux repentirs. Dans les parties hautes des compositions notamment, certains personnages ont été entièrement recouverts par l'artiste lui-même. Ailleurs, des silhouettes ont été déplacées, des gestes corrigés, des drapés modifiés.

Transept nord - d'importants repeints sont visibles au niveau de la tête du cheval, d'autres plus légers sur le casque du soldat © FAPP.
Ces transformations montrent que les grandes peintures de Saint-Sulpice n'ont pas été exécutées en une seule campagne, mais reprises plusieurs fois entre 1872 et 1876. Pour les historiens de l'art comme pour les restaurateurs, ces indices constituent une source d'information précieuse sur les méthodes de création de l'un des principaux peintres religieux du Second Empire.
Restaurer, stabiliser, conserver
Si les couleurs retrouvées sont la partie la plus visible du chantier, elles n'en constituent pourtant pas la pièce maîtresse. Dans le transept nord, d'anciennes infiltrations avaient progressivement ouvert les joints de la maçonnerie. Ce mouvement du support s'était répercuté jusque sur les peintures, provoquant une importante perte de matière picturale.

Les infiltrations avaient particulièrement touché le transept nord, visible ici sur la partie supérieure de l'Arrestation du Christ au Jardin des Oliviers © FAPP.
Avant de nettoyer les décors, les restaurateurs ont donc dû intervenir directement sur la structure. Les joints ont été repris, les zones fragilisées consolidées et les fissures stabilisées afin d'éviter toute nouvelle dégradation. Ce travail conditionne la conservation des peintures pour les décennies à venir.
Les couleurs de Signol réapparaissent
Une fois cette étape achevée, le nettoyage a progressivement fait disparaître les dépôts accumulés au fil du temps.
Poussières, pollution et suie avaient profondément modifié la lecture des compositions. Leur retrait révèle aujourd'hui une palette beaucoup plus nuancée que celle que l'on connaissait jusqu'alors. Les carnations retrouvent leur modelé, les contrastes gagnent en profondeur et les frises qui encadrent les scènes ont retrouvé leurs dorures.
- Transept sud – L’Ascension, avant restauration
- Après restauration
- Transept sud – La Résurrection, avant restauration
- Après restauration © FAPP.
Le résultat permet de retrouver la composition telle que Signol l'avait pensée.
Le retour des marbres royaux
Le démontage des échafaudages fait également réapparaître un autre élément souvent oublié : les grands parements de marbre blanc et rouge qui habillent les soubassements des transepts.
Ces marbres proviennent des carrières de Marly. Ils furent offerts à la paroisse par Louis XV et la reine Marie Leszczyńska pour participer à l'embellissement de Saint-Sulpice. Pendant toute la durée du chantier, ils avaient disparu derrière les plateformes de travail ; ils retrouvent aujourd'hui leur place dans la composition d'ensemble.
Un chantier tout en redécouvertes
Trois mois auront suffi pour modifier la perception de ces décors monumentaux. Si les fidèles et les visiteurs retrouvent aujourd'hui les peintures de Signol débarrassées des échafaudages, le travail des restaurateurs aura permis une connaissance beaucoup plus fine de leur histoire. Ce chantier a été l'occasion de découvrir ces décors autrement : ils nous apparaissent désormais tel une œuvre composée par étapes, retouchée par son auteur, fragile mais aujourd'hui consolidée pour les prochaines décennies.











