De Saint-Médard au Louvre : Zurbarán est à l'honneur

Publié le 13 octobre 2026

Il y a quelques semaines, une œuvre de maître habituellement conservée dans la chapelle Saint-Louis de l’église Saint-Médard a pris la direction du musée du Louvre. Restaurée entre 2021 et 2022 grâce à la générosité d'un mécène de la Fondation, l'accrochage de La Promenade de l’Enfant Jésus rappelle le caractère essentiel de la sauvegarde du patrimoine religieux.

De Saint-Médard au Louvre : Zurbarán est à l'honneur

La Promenade de l’Enfant Jésus, peinte par Francisco de Zurbarán vers 1635, a rejoint les œuvres réunies à l’occasion de la grande rétrospective consacrée au peintre espagnol, du 7 octobre 2026 au 25 janvier 2027, organisée par le musée du Louvre, la National Gallery de Londres et l’Art Institute of Chicago.

Pour cette œuvre conservée à Saint-Médard, ce départ est aussi l’aboutissement d’une histoire de restauration commencée plusieurs années auparavant. Entre 2021 et mars 2022, La Promenade de l’Enfant Jésus a fait l’objet d’une restauration complète, rendue possible grâce au soutien d’un mécène de la Fondation. Quelques années plus tard, le tableau peut ainsi quitter temporairement son église pour rejoindre une exposition consacrée à l’un des grands maîtres de la peinture espagnole du XVIIe siècle.

Un Zurbarán caché dans une chapelle

Il faut entrer dans l’église Saint-Médard, traverser la nef puis gagner la chapelle Saint-Louis pour découvrir cette œuvre singulière. À Paris, les tableaux de grands maîtres espagnols conservés dans les églises sont extrêmement rares : La Promenade de l’Enfant Jésus compte parmi les deux seules peintures de ce type.

La scène elle-même est inhabituelle, saint Joseph apparaît debout, légèrement penché vers l’Enfant Jésus qu’il accompagne dans une promenade. Le sujet est rare dans la peinture de Zurbarán : il s’agit même du seul tableau actuellement connu de l’artiste consacré à saint Joseph sous cette forme.

La Promenade de l'Enfant Jésus, avant restauration © JM.Moser/COARC/VDP.


Le choix du sujet prend tout son sens dans le contexte de sa création. Si le culte de saint Joseph se développe dès le Moyen Âge, il connaît un essor particulièrement important en Espagne à partir du XVe siècle. Sa fête est instituée en 1621 par le pape Grégoire XV, quelques années seulement avant la réalisation du tableau. Zurbarán s’empare ainsi d’une figure dont la place dans la dévotion catholique est alors en plein développement.

La composition porte la marque du peintre : les regards et les mains de Joseph et de Jésus organisent la composition selon un jeu de correspondances très construit. Visages, mains et drapés sont traités avec précision, tandis qu’une gamme de bruns participe à l’émergence des volumes, des matières et des expressions.

Une histoire mouvementée

L’œuvre n’a pas toujours été parisienne. Elle aurait été réalisée à l’origine pour le maître-autel du couvent de la Merced Descalza (actuelle église San José) de Séville.

Son parcours après la suppression des ordres religieux espagnols du début du XIXe siècle demeure en partie incertain. Ce qui est établi, en revanche, est sa présence dans la collection du banquier sévillan Alexandre Marie Aguado, dont les biens sont vendus aux enchères après sa mort en 1842. Le tableau disparaît ensuite des registres pendant plusieurs années avant de réapparaître à Paris. En 1889, il est acquis par l’abbé Louis-Pierre Jouan, alors curé de Saint-Médard. Accroché dans la chapelle Saint-Louis, il est longtemps considéré comme une œuvre anonyme.

Il faudra attendre les années 1960 pour que son véritable auteur soit identifié. Le tableau est alors redécouvert par Pierre Rosenberg et attribué à Zurbarán. Restauré à l’occasion d’une exposition consacrée aux chefs-d’œuvre de la peinture ibérique, il quitte une première fois Saint-Médard pour le musée des Arts décoratifs en 1963. Cette intervention marque la dernière restauration documentée de l’œuvre pendant près de soixante ans.

2021-2022 : à la redécouverte du chef-d'œuvre

Lorsque le tableau est de nouveau examiné au début des années 2020, son état révèle les étapes de son histoire. La couche picturale était notamment marquée par des écaillages, quelques pertes de matière et un réseau de craquelures.

Mais ce sont surtout les interventions anciennes qui avaient progressivement brouillé la lecture de l’œuvre. Deux couches de vernis superposées et de nombreux repeints recouvraient la couche picturale. À l’œil nu, ces interventions avaient considérablement modifié l’apparence du tableau et masquaient une partie de sa matière originale.

Phase de nettoyage © JM.Moser/COARC/VDP.


La campagne de restauration menée entre 2021 et mars 2022 a donc commencé par un patient travail de nettoyage. Les premiers tests ont montré que le vernis le plus récent pouvait être retiré, mais que le second, plus ancien, résistait davantage. Les restaurateurs ont alors adapté leur méthode et utilisé un nettoyage au gel pour poursuivre l’intervention sans altérer la matière originale. Cette première étape a ainsi permis de retrouver une œuvre nettement mieux conservée qu’il n’y paraissait avant l’intervention, tout en révélant plus précisément les altérations à traiter.

Le travail ne s’est pas limité à la couche picturale. Le revers de l’œuvre a été dépoussiéré et plusieurs zones ont fait l’objet de refixages ponctuels. Le châssis et l’arrière de la toile ont été protégés afin d’assurer de meilleures conditions de conservation. Le cadre doré, datant de la première moitié du XIXe siècle, a lui aussi été restauré. Nettoyage, consolidation et réintégration des lacunes ont permis de lui rendre un état de conservation adapté à celui de l’œuvre qu’il protège.

De Saint-Médard aux cimaises du Louvre

C’est cette œuvre restaurée qui a temporairement quitté Saint-Médard. Du 7 octobre 2026 au 25 janvier 2027, La Promenade de l’Enfant Jésus sera présentée au musée du Louvre dans le cadre de l’exposition Zurbarán, 1598-1664. Le musée réunit pour l’occasion une sélection de peintures permettant de mesurer la singularité de l’artiste, sa maîtrise des volumes, son naturalisme et la force plastique de ses compositions.

Pour le tableau de Saint-Médard, cette exposition représente une occasion rare de rejoindre temporairement un ensemble international consacré à son auteur. Habituellement découverte dans l’intimité d’une chapelle parisienne, l’œuvre sera ainsi regardée, étudiée et admirée par un public venu du monde entier.

Ce déplacement est aussi le prolongement concret du travail réalisé quelques années auparavant. La restauration de 2021-2022 a permis de stabiliser l’œuvre, d’améliorer sa lisibilité et de mieux préserver sa matière, rendant possible son prêt dans le cadre d’un événement scientifique et culturel d’une telle ampleur.

Le soutien du mécène qui a permis cette restauration prend ainsi une dimension particulière : il a contribué à conserver une œuvre majeure dans son lieu habituel, tout en permettant qu’elle puisse, le temps d’une exposition, rejoindre l’un des plus grands musées du monde.

Avant reprise des lacunes, détails © JM.Moser/COARC/VDP.

 

Les chef-d’œuvres des églises parisiennes

La Promenade de l’Enfant Jésus rappelle une réalité souvent méconnue : les églises parisiennes conservent encore aujourd’hui des œuvres de tout premier plan, parfois à quelques rues seulement des grands musées de la capitale.

À Saint-Médard, Zurbarán côtoie ainsi un patrimoine constitué au fil des siècles. Ailleurs, les visiteurs peuvent découvrir le Baptême du Christ de Jacques Stella à Saint-Louis-en-l’Île, les monumentales toiles de Carle Van Loo à Notre-Dame-des-Victoires, ou encore des œuvres de Charles de La Fosse, Jean Restout, Eugène Delacroix ou Victor Mottez dans différentes églises parisiennes. Certaines de ces œuvres sont parfaitement connues ; d’autres sont plus discrètes, parfois assombries par les dépôts, les anciennes restaurations ou les altérations du temps. Leur présence dans les églises constitue pourtant une part essentielle du patrimoine artistique de Paris.

Restaurer ces œuvres, c’est leur permettre de continuer à exister dans leur lieu de conservation, mais aussi rendre possible leur étude, leur transmission et, lorsque les conditions le permettent, leur rencontre avec un public beaucoup plus large.

Dans le cas de La Promenade de l’Enfant Jésus, quelques années auront suffi pour passer de la chapelle Saint-Louis de Saint-Médard aux cimaises du Louvre. Une trajectoire rendue possible par la restauration, et par la mobilisation de ceux qui ont choisi de contribuer à sa conservation.

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