Rendre la lumière : un chantier débute à Saint-Nicolas-des-Champs

Publié le 30 octobre 2026

Pendant plusieurs semaines, la chapelle axiale, dite Notre-Dame des Malades, de Saint-Nicolas-des-Champs va changer de visage. Les verrières qui ferment son chevet viennent d'être déposées pour rejoindre un atelier spécialisé où elles feront l'objet d'une restauration complète.

Rendre la lumière : un chantier débute à Saint-Nicolas-des-Champs

Dans le même temps, des baies provisoires prennent leur place, laissant pénétrer une lumière blanche inhabituelle dans cet espace. L'image surprend : la chapelle semble soudain dépouillée d'une partie de son identité.

Cette absence est pourtant la première étape d'un chantier particulièrement ambitieux.

Une chapelle et plusieurs siècles d'histoire

Située dans l'axe du chœur et placée sous le vocable de Notre-Dame des Malades, la chapelle axiale occupe une place particulière dans la vie de Saint-Nicolas-des-Champs. Depuis plusieurs siècles, elle constitue le point d'aboutissement de la déambulation des visiteurs et demeure aujourd'hui encore le lieu où s'achève la prière des malades. Pourtant, l'espace que nous découvrons aujourd'hui est loin d'être celui imaginé lors de sa création.

La chapelle axiale en 2025, avant restauration © FAPP.


En 1620, un contrat passé avec le peintre Georges Lallemant, l'un des artistes majeurs du premier XVIIᵉ siècle parisien, prévoit un vaste programme décoratif. Trois toiles monumentales doivent habiller l'abside : Le Couronnement de la Vierge, entouré de L'Assomption et de L'Entrée de la Vierge au Ciel. Les murs latéraux accueillent Notre-Dame au milieu des prophètes et Notre-Dame au milieu des docteurs de l'Église, tandis que la voûte se couvre d'un décor de lys et de chérubins.

Mais le temps transforme progressivement la chapelle. Au XIXᵉ siècle, les peintures de Lallemant sont jugées très dégradées. Plutôt que de les déposer, on choisit de les masquer. En 1817, deux tableaux sont accrochés de part et d'autre de l'entrée : une œuvre de Noël-Nicolas Coypel et une autre de Caminade, toujours visibles aujourd'hui. Quelques décennies plus tard, en 1857, les trois compositions de l'abside disparaissent à leur tour derrière un nouveau cycle peint attribué à Jacques Jonvaux. Deux de ces toiles seront finalement déposées en 1999 en raison de leur état de conservation, tandis que les archives signalent, dès 1953, l’installation des tentures en velours cramoisi, destinées à masquer les œuvres devenues trop dégradées.


Ainsi, loin d'être figée, la chapelle s'est continuellement adaptée aux restaurations, aux transformations du décor et aux sensibilités de chaque époque.

Aujourd'hui, elle conserve un patrimoine particulièrement riche : les toiles monumentales de Coypel et de Caminade, des vestiges de plusieurs campagnes décoratives successives, une Vierge à l’Enfant sculptée installée en 1817, ainsi que quatre verrières du XIXᵉ siècle illustrant les Litanies de la Vierge. Ce sont précisément ces baies finement ornementées que le chantier entreprend aujourd'hui de préserver.

Un patrimoine fragile

Avant de quitter l'église, chacune des quatre baies a fait l'objet d'un constat sanitaire extrêmement précis. Chaque panneau a été photographié, cartographié, numéroté puis soigneusement conditionné avant son transport.

Dépose de vitraux, ici à Saint-Etienne du Mont en 2022 © JM.Moser/COARC/VDP.


Dans l'atelier, les restaurateurs procèdent au nettoyage minutieux des deux faces des verres, retirent les dépôts accumulés depuis plusieurs décennies, remplacent les pièces cassées lorsque cela est nécessaire, restaurent les réseaux de plomb, reprennent les soudures, restituent les éléments manquants et consolident l'ensemble avant de préparer la repose.

Certaines opérations sont presque invisibles ; d'autres demandent de recréer un verre dont la couleur, l'épaisseur ou la texture devront être parfaitement compatibles avec les éléments anciens. Chaque intervention est documentée afin que les générations futures puissent distinguer les parties restaurées des parties d'origine.

Les vitraux : le premier pas d’une dynamique

Depuis plusieurs décennies, l'espace souffre d'un encrassement généralisé, de décollements de couches picturales et des conséquences d'anciennes infiltrations qui ont profondément altéré les décors. Une étude récente a toutefois apporté une excellente nouvelle : les voûtes sont désormais parfaitement étanches. Cette étape était indispensable avant d'envisager une restauration des peintures murales dans des conditions durables.


Cette première intervention, rendue possible par la généreuse action d’un mécène, rejoint la campagne lancée plus tôt cette année par la Fondation Avenir du Patrimoine à Paris, destinée à restaurer la toile de Noël-Nicolas Coypel.

Cette dynamique suggère que les chantiers de restauration pourront se poursuivre sur les décors peints de la chapelle, permettant à terme de redonner toute sa splendeur à cet ensemble fragilisé.

Faire revivre un espace invisibilisé

Ici, la lumière participe à l'atmosphère singulière de cette chapelle. Le chantier permettra ainsi de retrouver des effets lumineux aujourd'hui largement atténués, mais aussi une lecture plus juste de l'ensemble patrimonial.

Dans quelques mois, lorsque les verrières réintégreront leur emplacement d'origine, la transformation sera sans doute discrète pour qui découvre l'église pour la première fois. Ceux qui connaissent la chapelle retrouveront quant à eux une lumière oubliée depuis longtemps : celle qui, depuis des générations, donne tout son sens à ce remarquable ensemble décoratif.

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