La restauration du chef-d'œuvre du maître espagnol Zurbarán se poursuit

Publié le 13 décembre 2021

La restauration de l'œuvre de Zurbarán avance. Les restaurateurs font face à plusieurs défis face à un tableau ayant subi d'importantes restaurations par le passé.

La restauration du chef-d'œuvre du maître espagnol Zurbarán se poursuit
Crédit: Pauline Lascourrèges

Avant sa restauration, la Promenade de l'Enfant Jésus offrait au regard une impression d’homogénéité. Mais les observations des spécialistes ont révélé un tableau très encrassé, couvert de plusieurs couches de vernis oxydés ainsi que de nombreux repeints débordants.

 

Dans son aspect général, l’œuvre ne présente pas un état inquiétant. Le châssis ainsi que le cadre sont en bon état. C’est la couche picturale qui occupe les restaurateurs, couverte de repeints et de crasse, présentant des écailles, certainement dues à un soulèvement de la couche picturale suite à la suspension du tableau.

 

La première couche de vernis a pu être retirée sans problème. Une nouvelle couche de vernis plus importante et plus épaisse donne du fil à retordre aux restaurateurs. Probablement de composition synthétique, dont le résultat des analyses est attendu, cette couche de vernis est plus compliquée à retirer. Pour ce faire, les restaurateurs ramollissent peu à peu le vernis pour le retirer quasi mécaniquement grâce à différentes méthodes. Lors de ces opérations visant à retirer les vernis, on peut difficilement séparer ces vernis des repeints, oxydés et colorés, qui partent pour certains lors de ces opérations.

 

 

Ces derniers repeints, censés masquer des lacunes, se sont révélés très débordants, c’est-à-dire qu’ils occultent une couche picturale certes endommagée, mais s’étendent aussi sur une couche picturale en bonne santé. Les restaurateurs et les conservateurs se sont rapidement rendus compte du gain qu’il y avait à les retirer, car ces repeints dénaturent l’œuvre en désaccordant les couleurs. Une partie du ciel avait été repeinte d’une couleur ocre-orangée, faisant penser à un coucher de soleil, alors qu’il s’agit en fait d’un ciel bleu-gris ! Fort heureusement, ces repeints partent facilement à l’eau, ce qui permet de les retirer sans abîmer la couche picturale.

 

Une observation aux rayons UV nous révèle la subsistance d’autres repeints qui restent conséquents, peints à l’huile cette fois-ci et donc plus compliqués à retirer.

 

 

Une retouche importante a été effectuée sur l’œil gauche du saint Joseph. Le modèle ayant été pris sur son œil droit, le regard du saint se perd dans le vague. Il est toujours délicat de peindre, et de restaurer un œil car ces derniers focalisent souvent l’attention des spectateurs, il n’y a donc pas de droit à l’erreur ! Après délibérations pour déterminer les éventuelles interventions, l’œil original a été retrouvé en grattant très délicatement la matière, révélant étonnamment par la même occasion que ce dernier ne se trouve pas sur le même axe que son voisin !

 

 

crédit: Pauline Lascourrèges

 

Sous certains de ces repeints, on trouve un mastic permettant de combler les manques de matière, eux-aussi débordants. Il s’agit donc de les retirer à leur tour si nécessaire, toujours sans abimer la matière d’origine.

 

 

Toutes ces interventions permettent de rendre peu à peu son aspect original à l’œuvre du maître espagnol. Certains détails sont réapparus tels qu’un arbre, un tronc ou encore quelques pierres. Une des grandes qualités du tableau est la beauté de la matière originale, qui présente une belle résistance aux vicissitudes qu’a subi l’œuvre. Le travail est donc rendu plus confortable pour le restaurateur qui arrive à distinguer cette couche des interventions ultérieures.

 

crédit: Stéphane Allavena

 

Quand la restauration de la Promenade de l’Enfant Jésus sera achevée, l’œuvre pourra retrouver sa place dans la chapelle Saint-Jean de l’église Saint-Médard, sur un mur purgé. Le confessionnal se trouvant jadis à ses pieds a été retiré afin de pouvoir descendre l’accrochage du tableau pour une meilleure appréciation de ce dernier. Un système d’alarmes ainsi qu’un cartel sont prévus.

 

Tout ce travail est rendu possible grâce à notre mécène anonyme privé qui par son don permet de rendre au public ce chef-d'œuvre. Nous le remercions vivement pour sa générosité et l'intérêt qu'il porte au patrimoine des église parisiennes.  

 

Inès de Raguenel

#Peinture