Le chantier de la chapelle Sainte-Geneviève - Eglise Saint-Séverin (Ve)

Publié le 12 février 2021

Grâce à un mécène généreux, la chapelle Sainte-Geneviève a retrouvé toute sa splendeur. Retour en image et en texte sur un chantier spectaculaire

Le chantier de la chapelle Sainte-Geneviève - Eglise Saint-Séverin (Ve)
E. Castelein

L’église Saint-Séverin, une des plus anciennes de Paris, située en plein cœur du quartier latin, est dotée de nombreuses chapelles ornées de peintures murales. Les décors des chapelles du bas-côté Sud, près de l’ancien charnier, ont été commandés au XIXe siècle. Ils sont aujourd'hui très abimés empêchant les visiteurs de prendre pleinement conscience de leur splendeur.

 

Eglise Saint-Séverin

© Claire Folscheid

 

A la suite des travaux réalisés par le DECH (Département des édifices cultuels et historiques, Ville de Paris) pour assainir le bas-côté Sud, la Conservation des Œuvres d’Art de la Ville de Paris décide en 2020 d’entamer l’étude d’un de ces magnifiques décors afin de le restaurer. Heureux hasard : d’une part et surtout, un généreux mécène de la Fondation Avenir du Patrimoine à Paris est désireux de restaurer la chapelle Sainte-Geneviève en hommage à sa défunte épouse ; d’autre part, 2020 sonne le début de festivités à l’occasion du 1600e anniversaire de la naissance de la sainte.

 

 

Première étape : l’étude (juin 2019)

 

L’étude de cette chapelle débute en juin 2019 avec la pose d’un échafaudage pour que les restaurateurs puissent approcher les œuvres au plus près.

 

Cette première phase porte à la fois sur :

 

  • les peintures d’Alexandre Hesse, réalisées entre 1850 et 1852,
  • les parties sculptées dont certaines, comme le culot, date de la fin du XVe siècle,
  • et le vitrail d’Émile Hirsch, daté de 1876.

 

 

© Ville de Paris- COARC - Jean-Marc Moser

 

Il s’agit de définir les pathologies des œuvres, de faire un bilan complet de leur état pour ensuite définir la meilleure façon de leur redonner vie tout en préservant la matière originelle. L’étude sert également à définir le coût et la durée estimés des restaurations.

 

 

Seconde étape : la restauration (février à fin novembre 2020)

 

Les peintures sont très encrassées et, sur le mur de droite, très usées. Un vernis a laissé un voile jaune sur l’ensemble des scènes. Le nettoyage, dont le protocole a été établi lors de l’étude en accord avec la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) peut démarrer.

Un long et fastidieux travail se déroule également en partie haute dans la voûte qui a subi des infiltrations d’eau : les sels - ressortis de la pierre et formant comme des champignons - doivent être éliminés, centimètres par centimètres, en gardant au maximum les écailles de peinture qui seront refixées. Les lacunes sont comblées avec un mortier de chaux et de sable puis les retouches peuvent démarrer. Le travail porte ses fruits : un merveilleux ciel étoilé reprend vie et le blason de la Ville de Paris, sur la clé de voûte, qui se doit de sommer cette chapelle consacrée à l’une des patronnes de Paris, est réargenté comme à son origine.

 

Détail de la chapelle Sainte Geneviève avant et après nettoyage

© Ville de Paris- COARC - Jean-Marc Moser

 

 

Dès la fin de la première étape du nettoyage, le résultat est spectaculaire : la clarté des scènes et les détails du travail de l’artiste (tracé des éléments d’architecture, repentirs des porteurs de la châsse) réapparaissent. Le travail de retouche dans les parties usées débute alors sur la paroi de droite.

 

Décor de la chapelle Sainte Geneviève

© Etienne Castelein

 

La restauration a également remis en valeur l’extraordinaire travail des décorateurs, comme à Saint-Germain-des-Prés : chaque moulure d’architecture est colorée et décorée de motifs tous différents. Dans les sous-baissements, le décor est restitué à partir des restes encore présents.

 

Parallèlement, le travail se poursuit en atelier : la sculpture en plâtre de Sainte Geneviève est partie retrouver sa polychromie. Le vitrail est nettoyé, ses serrureries traitées.

 

 

Statue de Sainte Geneviève avant et après restauration

© Ville de Paris- COARC - Jean-Marc Moser

 

 

La vie de Sainte Geneviève, patronne de Paris

 

La vie de Sainte Geneviève est évoquée à la fois sur le vitrail avec le premier miracle de la sainte (Sainte Geneviève rend la vue à sa mère et Sainte Geneviève à Nanterre) et dans les quatre épisodes relatés sur les murs : sur la paroi de gauche, dans l’ogive, on aperçoit Sainte Geneviève en prière et en-dessous on assiste à sa Consécration par l’évêque Germain. Sur la paroi de droite, on vit de l’intérieur le fameux Miracle des Ardents : en 1130, les reliques de la sainte sont portées en procession pour venir à bout de ce « mal des ardents » (ergotisme du seigle) qui décime les parisiens. En dessous, Sainte Geneviève distribue du pain aux pauvres.

En 1850, quand Alexandre Hesse se voit confier le décor de la chapelle, il a 40 ans passés et son séjour italien encore en tête. Dans la chapelle adjacente, Hippolyte Flandrin a déjà peint les scènes de la vie de Saint Jean. Hesse a donc, sans aucun doute, voulu rivaliser avec son prestigieux homologue mais à sa façon. Il dépeint les scènes avec clarté dans une gamme de couleur douce et en semant des références aux maîtres italiens du Quattrocento. Ainsi la femme voilée de bleu dans la Consécration est une allusion directe à La Vierge de l’Annonciation d’Antonello de Messine.

 

Décors peints de la chapelle

© Ville de Paris- COARC - Jean-Marc Moser

 

 

La restauration d’un tel décor ne s’arrête pas aux murs : la balustrade en fer forgé, le parquet, les ex-voto ainsi que l’éclairage ont tous fait l’objet d’une attention particulière. Et le dernier élément à avoir été restauré est l’autel, d’une élégance rare avec ses motifs à rinceaux qui ont retrouvé leur dorure.

 

 

 

Un grand merci au mécène grâce auquel ce chantier a pu voir le jour

 

 

 

Mécénat : 232 720 €

 

Propriétaire et maître d'ouvrage : Ville de Paris

Responsable : Pauline Duée, conservateur du patrimoine à la COARC (Conservation des Œuvres d'Art Religieuses et Civiles) de la Ville de Paris

Restaurateurs : groupement Alina Moskalik-Detalle (peintures), Sabine Cherki (sculpture), Anne Pinto (vitrail)

 

Logo Ville de Paris

 

 

 

 

Article rédigé par Pauline Duée, conservateur du Patrimoine à la COARC

 

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